À mi-chemin entre l’expertise technique et le support opérationnel, ces fiches (développées par la DGE et la DGIP) traduisent une ambition claire: concilier performance énergétique et respect du patrimoine. «L’idée n’est pas de proposer une solution unique, mais d’aider à faire les bons choix en fonction du bâtiment», explique Alberto Corbella, conservateur cantonal des monuments et des sites à la DGIP.
Chaque document s’appuie sur une typologie précise – maison villageoise, immeuble urbain, ferme, bâtiment des années 60 – décrite à travers son époque, ses matériaux, son mode constructif et son implantation. «On ne peut pas rénover tous les bâtiments de la même manière. Il faut partir de leur logique propre», souligne Alberto Corbella. Les fiches proposent des stratégies adaptées, en tenant compte des contraintes réelles, qu’il s’agisse de l’état du bâtiment, de sa valeur patrimoniale, de ses usages, ou encore des limites techniques.
Une approche globale et hiérarchisée
L’un des apports majeurs de Typo-RENO-VD réside dans la structuration des interventions. Chaque fiche présente un ensemble de mesures organisées de manière cohérente, depuis l’enveloppe du bâtiment jusqu’aux installations techniques. Qu’il s’agisse de l’isolation des murs, des toitures ou des planchers, du remplacement des fenêtres, de l’amélioration des systèmes de chauffage, de la ventilation, de l’intégration du solaire, toutes les facettes sont abordées, mais jamais de manière isolée. «L’idée est avant tout de comprendre comment les mesures agissent entre elles», explique Alberto Corbella. Mais aussi de hiérarchiser les interventions. Certaines peuvent être réalisées rapidement, d’autres nécessitent des travaux plus lourds ou doivent être planifiées à plus long terme. Cette logique permet d’accompagner les projets dans la durée, plutôt que
d’imposer des transformations brutales.
Un outil concret pour les professionnels
Pensées pour être utilisées sur le terrain, les fiches s’adressent directement aux architectes, ingénieurs et propriétaires. Elles s’appuient sur des cas réels, illustrés par des plans, des coupes, des détails constructifs et des estimations de performance. «Chaque solution proposée est replacée dans un cadre global, avec une évaluation des gains énergétiques, des impacts sur les émissions de CO₂ et des coûts d’intervention. Ce sont des outils pensés comme une véritable aide à la décision, résume Alberto Corbella. Cette dimension permet de passer concrètement à l’action, en tenant compte des contraintes du terrain.»
Une ferme ancienne: intervenir avec précision
L’un des exemples proposés concerne une maison paysanne des XVIIIe-XIXe siècles, typique du paysage vaudois. Le bâtiment présente des murs en moellons épais, une toiture en tuiles et des éléments en molasse qui structurent la façade. Dans ce cas, la stratégie ne consiste pas à transformer radicalement le bâtiment, mais à améliorer ses performances tout en préservant son identité. Un crépi isolant minéral est utilisé pour renforcer l’isolation sans masquer les détails architecturaux. Les combles sont isolés pour réduire les pertes thermiques, et les fenêtres remplacées par des menuiseries en bois performantes. «Le système de chauffage évolue également, avec le passage à une énergie renouvelable. L’ensemble des interventions est pensé comme un équilibre entre amélioration énergétique et respect du bâti existant», souligne Alberto Corbella.
Les années 60: rénover sans banaliser
À l’autre extrémité du spectre, les fiches abordent aussi des bâtiments plus récents, notamment les immeubles construits dans les années 1950 à 1970.
Moins valorisés sur le plan patrimonial, ils n’en posent pas moins des défis spécifiques. Ces bâtiments présentent souvent des façades répétitives, des structures en béton et une isolation quasi inexistante. «Leur rénovation pourrait sembler plus simple. Dans ces cas, l’isolation extérieure est généralement possible, mais elle doit être pensée avec soin pour préserver les proportions, les rythmes de façade ou certains éléments caractéristiques. Même sur des bâtiments plus récents, il y a une qualité architecturale à préserver, souligne Alberto Corbella. L’enjeu n’est donc pas seulement énergétique, mais aussi urbain. Il s’agit d’éviter une uniformisation qui ferait disparaître les spécificités de ces quartiers.»
Le mariage du patrimoine et de l’énergie
L’un des intérêts majeurs des fiches Typo-RENO-VD est d’intégrer les contraintes concrètes des projets, que ce soit celles de la protection patrimoniale, des exigences incendie, de l’humidité, de la ventilation, ou encore des limites techniques. «Les fiches abordent également des aspects souvent négligés, comme la gestion de la vapeur d’eau ou les risques de condensation. Elles insistent sur la nécessité de vérifier le comportement du bâtiment après intervention», précise Alberto Corbella.
Au final, Typo-RENO-VD repose sur une méthode en trois temps: comprendre le bâtiment, adapter les solutions et raisonner de manière globale. «Dans un contexte où la pression climatique s’intensifie, cet outil apporte une réponse pragmatique. Il permet d’éviter les erreurs, de sécuriser les projets et de concilier des objectifs parfois contradictoires. L’enjeu est de transformer sans effacer», conclut Alberto Corbella.



