La transition énergétique ne constitue pas une politique isolée, mais l’un des piliers d’un dispositif plus large. Le plan climat repose sur trois axes complémentaires: la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements climatiques et le suivi des politiques mises en œuvre. «Et la transition énergétique constitue clairement un levier important de la réduction des émissions de gaz à effet de serre», souligne Rémi Schweizer.
Le cadre du plan climat vaudois s’est progressivement renforcé. En 2023, la population vaudoise a accepté l’inscription de la neutralité carbone à l’horizon 2050 dans la Constitution cantonale. Le deuxième plan climat, adopté en 2025, précise les objectifs intermédiaires et les trajectoires à suivre. Rémi Schweizer: «Le Canton vise ainsi une réduction de 50% des émissions territoriales d’ici 2030 et de 70 % d’ici 2040, avant d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Des trajectoires indicatives ont été définies par secteur, ce qui permet de situer en permanence où l’on se trouve et d’ajuster l’action en conséquence.»
Bien mesurer pour mieux agir
Pour mesurer ces progrès, le Canton s’appuie sur un outil central : le bilan carbone du territoire, dont la dernière actualisation a été publiée en janvier 2026. Réalisé tous les quatre à cinq ans, il fournit une photographie détaillée des émissions. «Le bilan carbone, c’est vraiment une photographie des émissions cantonales à un moment donné, précise Rémi Schweizer. Son élaboration repose sur le croisement de données d’activité – litres de mazout, kilomètres parcourus – et de facteurs d’émission. En multipliant les données d’activité par les facteurs d’émission, on obtient les émissions de gaz à effet de serre.»
Cette méthodologie s’inscrit dans des standards internationaux, notamment le GHG Protocol, qui ont été adaptés au contexte suisse par le Cercle climat.
Le bilan distingue par ailleurs deux types d’émissions. Les émissions territoriales, produites directement dans les limites du canton de Vaud, et les émissions extraterritoriales, liées à la consommation des Vaudoises et des Vaudois, mais générées ailleurs. «Environ un tiers des émissions imputables au canton sont territoriales et deux tiers extraterritoriales ; l’ordinateur que vous achetez, les vêtements, toute l’alimentation importée, les trajets en avion, tout cela est comptabilisé dans les émissions extraterritoriales», détaille Rémi Schweizer. Cette distinction met en évidence les limites de l’action publique dans la mesure où le Canton dispose de leviers limités et souvent indirects pour agir sur ces émissions extraterritoriales.
Des progrès réels, mais insuffisants
Les derniers résultats du bilan carbone dressent un tableau contrasté, mêlant avancées réelles et défis persistants. Depuis 1990, les émissions territoriales ont diminué d’environ 21 %. Une baisse significative, qui s’accompagne d’une évolution notable: la réduction s’est accélérée ces dernières années. «Entre 2015 et 2023, on a réduit les émissions cinq fois plus vite qu’entre 1990 et 2015.»
Autre élément marquant: une décorrélation entre croissance démographique et émissions. «Alors que la population a augmenté, les émissions par habitant ont diminué de 45 %.» Ces résultats montrent l’effet réel des mesures mises en place, notamment depuis l’adoption du premier plan climat. «Mais ils ne suffisent pas à atteindre les objectifs fixés. Si la tendance actuelle se prolonge, le canton atteindrait environ 30 à 33 % de réduction d’ici 2030, loin de la cible de 50 %. Une accélération apparaît donc indispensable.»
Des trajectoires contrastées selon les secteurs
Le plan climat vaudois ne se limite pas à un objectif global de réduction des émissions territoriales. Il repose sur des trajectoires sectorielles indicatives (bâtiment, transports, industrie, agriculture), qui permettent de suivre les progrès de manière différenciée et d’identifier les marges d’action prioritaires. «Les résultats montrent des dynamiques contrastées, détaille Rémi Schweizer. Le secteur du bâtiment connaît une baisse importante des émissions depuis 1990, grâce aux politiques d’assainissement énergétique et au remplacement des chauffages fossiles. La nouvelle loi sur l’énergie permettra d’intensifier cette dynamique, en cohérence avec la trajectoire visée. L’industrie et l’agriculture suivent également une trajectoire à la baisse, quoique plus modérée.»
À l’inverse, le secteur des transports constitue le principal point de tension. C’est le seul domaine où les émissions sont en hausse depuis 1990 «Cela tient notamment à la croissance des déplacements et à l’évolution des modes de vie, en particulier la mobilité de loisirs, note Rémi Schweizer. Les données récentes suggèrent toutefois une stabilisation, et même une légère baisse depuis 2019.»
Donner une base juridique au plan climat
Pour Rémi Schweizer, un élément ressort clairement. «Désormais, les leviers de la transition sont clairement identifiés. On sait ce qu’il faut faire: rénovation énergétique, électrification, sobriété, report modal ou optimisation industrielle figurent parmi les principales pistes. Le défi ne réside plus tant dans l’identification des solutions que dans leur mise en œuvre à un rythme suffisant.» Pour l’État, il s’agit d’intégrer les enjeux climatiques dans l’ensemble des politiques publiques. L’avant-projet de loi-cadre sur la durabilité et le climat, actuellement en consultation, a été élaboré dans cette perspective. Il vient également donner une assise juridique aux objectifs du plan climat.
Cette accélération ne pourra toutefois se faire sans une mobilisation large des acteurs. Comme le souligne Rémi Schweizer, «c’est une responsabilité qui est partagée». Si le Canton joue un rôle d’impulsion et de structuration, l’atteinte des objectifs repose tout autant sur l’engagement des autres niveaux institutionnels (Confédération, communes), des entreprises et des citoyens.
Des bénéfices multiples
Au-delà de la réduction des émissions, la transition s’accompagne de bénéfices multiples. «Nous sommes convaincus que les incidences positives en matière de santé publique, la réduction de la dépendance énergétique, le développement de l’économie locale ou encore l’amélioration de la qualité de vie contribuent à inscrire cette transformation dans une perspective plus large.»
La politique climatique cantonale est appelée à se développer en même temps que les connaissances et les contraintes. «On est dans un domaine dynamique qui évolue très vite, conclut Rémi Schweizer. Les prochaines années seront décisives pour traduire les trajectoires en résultats concrets et ancrer durablement la transition dans l’ensemble des politiques publiques.»



