ÉNERGIE
Quitter la dépendance

COMMUNES et transition énergétique: l’échelle où tout devient concret

Si le Canton fixe les grandes orientations, les communes et les fournisseurs d’énergie donnent souvent corps à la transition énergétique sur le terrain. À mesure que le système énergétique se transforme, leur rôle devient plus décisif. Entre accompagnement cantonal, responsabilités croissantes et réalités locales très contrastées, la transition se joue aussi dans la capacité des acteurs à travailler ensemble.
Céline Pahud, ingénieure de la Direction de l’énergie, accompagne les communes dans leur planification énergétique.

ARC Jean-Bernard Sieber

Céline Pahud, ingénieure de la Direction de l’énergie, accompagne les communes dans leur planification énergétique.

Pour les communes, il devient indispensable de réfléchir non plus bâtiment par bâtiment, mais à l’échelle  du territoire, par exemple en développant un chauffage à distance (ici une installation à pellets).

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Pour les communes, il devient indispensable de réfléchir non plus bâtiment par bâtiment, mais à l’échelle du territoire, par exemple en développant un chauffage à distance (ici une installation à pellets).

Céline Pahud, ingénieure de la Direction de l’énergie, accompagne les communes dans leur planification énergétique.
Pour les communes, il devient indispensable de réfléchir non plus bâtiment par bâtiment, mais à l’échelle  du territoire, par exemple en développant un chauffage à distance (ici une installation à pellets).

Dans le paysage énergétique vaudois, les communes sont en première ligne. Comme le résume Céline Pahud, ingénieure de la direction de l’énergie au sein de la Direction générale de l’environnement: «Les communes, tout comme les fournisseurs d’énergie, jouent un rôle de premier plan, car ce sont elles qui concrétisent les projets sur le terrain. Le Canton, de son côté, définit la stratégie à l’échelle cantonale, fixe le cadre légal, fournit des données, met en place des outils et accorde des soutiens, en particulier financiers. Néanmoins la mise en œuvre repose en grande partie sur les communes, notamment lorsqu’il s’agit de planifier l’approvisionnement énergétique d’un territoire, de développer un réseau thermique généralement en partenariat avec les fournisseurs d’énergie, d’intégrer des objectifs dans les plans directeurs communaux ou encore de dialoguer avec la population.»

Planifier l’énergie à l’échelle locale
À l’échelle locale, la planification énergétique du territoire – avant tout pour la chaleur, et dans une moindre mesure pour l’électricité – incombe aux communes. Elle est essentielle pour les villes. «La valorisation des ressources renouvelables doit se faire de manière cohérente et coordonnée. Il devient indispensable de réfléchir non plus bâtiment par bâtiment, mais à l’échelle d’un territoire. Où développer un chauffage à distance? Quelles sont les solutions individuelles à privilégier? Comment articuler les besoins futurs, les ressources disponibles et les projets urbains?»

C’est précisément sur ce terrain que travaille Céline Pahud. «Mon rôle est d’accompagner les communes dans leur planification énergétique. Le but est que les communes puissent se doter de leur propre stratégie d’approvisionnement en énergie. Cela suppose de pouvoir croiser les données sur le parc bâti, les consommations, les potentiels des ressources, les projets de développement et les objectifs climatiques.»

Pour certaines communes, il s’agit déjà d’une obligation. Pour d’autres, elle est fortement encouragée. «Dans tous les cas, le Canton intervient en soutien. Nous accompagnons les communes dans leurs démarches, nous subventionnons, nous nous assurons de la cohérence avec la stratégie cantonale, nous fournissons des documents et beaucoup de données pour qu’elles puissent réaliser ces planifications.»

Grandes communes, petites communes 
Le Canton distingue de fait plusieurs catégories de communes. Les plus grandes, soit les communes situées dans les centres d’agglomération et les centres régionaux, sont soumises à des exigences en matière de planification énergétique. Un grand nombre de ces communes sont labellisées «Cité de l’énergie» et sont particulièrement actives dans ce domaine.

Pour les collectivités de plus petite taille, le Canton a développé un dispositif plus souple, mais aussi plus englobant, le programme PECC, pour Plan énergie et climat communal. «Son objectif est d’éviter aux communes de multiplier les démarches et les formulaires en réunissant, dans un même cadre, tous les enjeux liés à transition énergétique et au climat, comprenant la mobilité et l’adaptation aux changements climatiques.»

L’inscription d’objectifs climatiques dans la Constitution vaudoise a permis de renforcer le rôle des communes, qui doivent désormais se doter d’objectifs et d’un plan d’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais cette obligation laisse toutefois une marge de manœuvre sur la façon d’y répondre.

«Le Canton n’impose pas un modèle unique. Il propose des outils, des modèles et des soutiens, mais laisse les communes choisir la forme la plus adaptée à leur contexte. Cette souplesse est importante dans un canton où les réalités locales diffèrent fortement.»

Les réseaux thermiques, un test grandeur nature
Les communes sont en première ligne dans le développement des réseaux thermiques, ces infrastructures adaptées aux villes qui distribuent à grande échelle une chaleur renouvelable ou de récupération. Comme le souligne Céline Pahud, leur rôle varie selon les projets: partenaires directs, intermédiaires clés pour les fournisseurs d’énergie, ou encore acteurs de la gouvernance et du financement – parfois jusqu’à devenir actionnaires.

Même sans investir directement, elles restent déterminantes en amont, en préparant les travaux, en facilitant les procédures et en informant la population. Leur degré d’implication diffère, mais elles constituent presque toujours un passage obligé pour les porteurs de projets.

Ce rôle de pivot se vérifie aussi sur le plan politique. La transition énergétique, surtout lorsqu’elle implique des infrastructures visibles ou des changements d’usage, nécessite un important travail de communication et de médiation. C’est particulièrement vrai pour les réseaux thermiques et les centrales pour les alimenter. Le développement d’un chauffage à distance dans une commune ne garantit pas, à lui seul, le raccordement des bâtiments. Il faut informer les propriétaires, expliquer la logique du projet, en présenter les avantages, clarifier les obligations réglementaires et répondre aux questions liées aux coûts ou aux travaux. «L’idéal est que le porteur de projet et la commune communiquent ensemble, en inscrivant clairement le projet dans la stratégie énergétique communale, souligne Céline Pahud. Un projet perçu comme technique ou imposé suscite facilement la méfiance; ancré dans une vision locale portée par la commune, il gagne au contraire en cohérence et en lisibilité.»

Au cœur de la transition énergétique 
Reste toutefois une difficulté majeure: «Toutes les communes ne disposent pas des mêmes ressources pour assumer leur rôle dans la transition énergétique avec la même intensité. Si certaines s’appuient sur des équipes techniques et administratives étoffées, parfois des services industriels en main communale, d’autres doivent largement recourir à des mandataires externes.», observe Céline Pahud.

Cette réalité souligne que la transition énergétique repose aussi sur un écosystème bien plus large. «Si la commune n’agit jamais seule, elle demeure néanmoins le lieu où se construisent les arbitrages et où s’ancre la légitimité locale des projets.»

Au fond, est-il exagéré de dire que les communes sont au cœur de la transition énergétique? «C’est à ce niveau que les objectifs cantonaux prennent forme concrète – à travers des réseaux, des règlements, des programmes d’action, des réunions publiques et des décisions budgétaires. C’est aussi là que les habitants perçoivent directement ce que la transition change dans leur quotidien. En même temps, l’ensemble des échelons et des acteurs est nécessaire pour réussir la transition énergétique: au niveau fédéral, cantonal, communal, et des citoyens».